Jacob Fournel de Doolin’ nous raconte l’aventure du groupe à Nashville (USA) pour enregistrer leur dernier album

Nouvelle signature du prestigieux label américain COMPASS RECORD, les six frenchies de Doolin’ reviennent tout juste de Nashville, où ils ont soufflé leurs dix bougies et enregistré leur nouvel album. Épaulé par le réalisateur artistique et musicien JOHN DOYLE (Solas), personnalité incontournable de l’americana irlandaise, Doolin’ collabore pour ce disque avec de prestigieux invités comme JERRY DOUGLAS (Dobro – 14 Grammy Awards), ALISON BROWN (banjo – 4 Grammy Awards), KENNY MALONE (percussionniste de Ray Charles, Johnny Cash, J.J. Cale…) ou encore MIKE McGOLDRICK(Capercaille, Lunasa, Mark Knopfler…).

Une juste récompense pour ce groupe de virtuoses (soulignons que le percussionniste est vice-champion d’Irlande de bodhrán) reconnu en Irlande pour sa faculté à réinventer une musique historiquement conservatrice, en lui insufflant de nouvelles influences et une énergie scénique rarement rencontrée dans le domaine.

Doolin’ – qui a emprunté son nom à un village de pêcheurs irlandais, paradis musical des passionnés de Jigs ou de Reels – est un clan formé de deux familles. Les frères Besse, Wilfried et Nicolas, leur cousin Sébastien Saunié et Jacob et Josselin Fournel se sont rencontrés par l’intermédiaire de leur ami commun, le violoniste Guilhem Cavaillé, lors d’une édition des Rencontres Musicales Irlandaises de Tocane (Dordogne), festival où chaque année, de grands maîtres venus d’Irlande transmettent un savoir dont chacun a su tirer profit. Pour Nicolas, Wilfried et Sébastien, cet apport vient teinter leur rock d’influences irlandaises. De leur côté, Guilhem au violon, Jacob aux flûtes et Josselin au bodhrán (tambour sur cadre) se lancent à corps perdu dans la pratique instrumentale traditionnelle, un cheminement qui les conduit à la virtuosité : en 2003, Jacob obtient la mention spéciale du Jury pour son jeu de tin whistle au prestigieux All Ireland Fleadh et l’année suivante, Josselin est consacré vice-champion d’Irlande de bodhrán. Le son de Doolin’ est une alchimie subtile qui reflète la somme de leurs expériences, alliage raffiné d’éléments venus du jazz, du rock, du funk, de la chanson, voire du hip-hop avec l’univers musical irlandais.

Par son approche décalée de cette tradition, Doolin’ prend des libertés qui surprennent et séduisent le public et les musiciens irlandais et la reconnaissance vient d’abord d’Irlande ; ils y ont fait leurs preuves à force de concerts acclamés, de collaborations spontanées ou en gagnant des compétitions d’instrumentistes et dès leur premier album, ils sont parrainés par l’éminent flûtiste et musicologue Desi Wilkinson. Suivront les éloges de nombreux artistes célèbres et des engagements répétés dans des festivals ou au très respectable Coleman Irish Music Centre.

Leur première décennie coïncide avec les 170 ans de la grande famine qui toucha l’Irlande, assiégée par les anglais, au milieu du 19ème siècle et déclencha un large exode vers les Etats-Unis. Dans les familles irlandaises la musique se vit au quotidien, peu à peu elle insémine les traditions du nouveau continent, devenant un des ingrédients du bluegrass, de la country music ou du rock’n roll. Doolin’ voulait rendre hommage à ce mouvement transatlantique en composant leur nouvel album comme un film qui en évoque les étapes.

En juin 2015, après un concert commun, la joueuse de banjo Alison Brown et son mari Garry West, co-fondateurs de Compass Records, se passionnent pour le projet de Doolin’, les invitent à venir enregistrer dans leur studio à Nashville et leur suggèrent de travailler avec le producteur John Doyle. Une proposition instantanément approuvée, car le guitariste et fondateur du groupe Solas est l’un des pionniers d’une musique irlandaise moderne dont Doolin’ se réclame. À Nashville en janvier 2016, ils sont accueillis comme des pairs. Avec John Doyle, le courant passe immédiatement. Le studio voit défiler les virtuoses. Alison Brown vient naturellement faire sonner son banjo, l’un des plus célébrés en Amérique. Jerry Douglas, lauréat de 14 Grammy Awards, glisse quelques accords de son dobro magique. La chanteuse Ashley Davis, partenaire régulière de John Doyle et collaboratrice occasionnelle des Chieftains, assure les chœurs. Le percussionniste vétéran Kenny Malone qui, de Ray Charles à Johnny Cash en passant par J.J. Cale, a joué avec les plus grands, prend plaisir à accompagner les français. Les bases joliment posées, Doolin’ complète l’enregistrement en Irlande avec le concours de la joueuse de banjo Mary Shannon, sœur de la star Sharon Shannon et celui du flûtiste Mike McGoldrick, compagnon de route de CapercaillieLunasaou Mark Knopfler. Pour cet album, le groupe a écrit et réunit plusieurs morceaux sur le thème de la grande famine et de l’exil irlandais. Ils ont composé les chansons Song for John et Sailing Across The Ocean, la ballade Itinerant Singing Boy d’après un poème de Jane Francesca Wilde, la mère d’Oscar Wilde. Ils ont adapté Famine de Sinead O’Connor avec le concours de la rappeuse newyorkaise Taron Benson. Ils ont repris The Ballad of Hollis Brown de Bob Dylan. Pour la touche française, ils ont transformé la célèbre Jig The White Petticoat en une valse de jazz musette, rebaptisée Le Jupon Blanc et repris Amsterdam de Jacques Brel. Ils ont voulu faire un parallèle entre la grande famine irlandaise et celles qui touchent trop souvent le continent africain, en composant Reel Africa avec des percussions et rythmes d’Afrique de l’Ouest.

Doolin’ a aussi décidé de reverser 10% des recettes de ce disque durant les trois premières années de son exploitation à la fondation Grameen CApour soutenir des projets de développement agricole en Afrique.

 Jacob Fournel

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